Création de holding : à partir de quel bénéfice est-ce rentable ?
08 Sep 2026 à 08:12
Aucun seuil de CA ne rend une holding rentable. Bénéfice disponible, capacité de réinvestissement, coûts réels et nouveautés 2026 : les repères chiffrés.
Holding : à partir de quand est-ce vraiment intéressant pour un entrepreneur ?
Par Damien GRANGIENS, fondateur de Plateya.fr et Plateya Fundamentals, recommandation d'experts-comptables humains et compétents. Rédigé le 8 septembre 2026.

Il n'existe aucun seuil de chiffre d'affaires à partir duquel une holding devient automatiquement intéressante. Une holding devient pertinente lorsque votre société dégage durablement plus de bénéfices que vous n'avez besoin d'en sortir pour vivre, et que vous avez un projet pour ce surplus : réinvestir, racheter une entreprise, détenir plusieurs sociétés, préparer une cession.
Notre simulation, détaillée plus bas, donne l'ordre de grandeur : 100 € de bénéfice distribué financent 98,75 € d'investissement via une holding, contre 68,60 € en direct, soit 44 % de capacité en plus. Cet écart ne devient un gain réel que si l'argent reste investi. Si vous consommez ce surplus dans l'année, la holding coûte plus qu'elle ne rapporte. Voici les repères chiffrés et les deux changements de la loi de finances 2026 qui modifient la réponse.
À quoi sert concrètement une holding pour un entrepreneur ?
Une holding est une société dont l'objet principal est de détenir des titres de participation dans d'autres sociétés. Bpifrance Création distingue la holding de gestion, qui gère un portefeuille de titres, et la holding d'animation, qui définit la politique du groupe et rend des services à ses filiales. Elle se constitue par le haut, par apport des titres d'une société existante, ou par le bas, en créant des filiales.
Faire remonter et réinvestir les bénéfices sans passer par votre patrimoine personnel
C'est le cœur du sujet. Votre société d'exploitation verse des dividendes à la holding, qui les encaisse en quasi-franchise d'impôt grâce au régime mère-fille, puis les réinvestit : rachat de parts, immobilier professionnel, nouvelle activité. Tant que l'argent circule entre sociétés, il ne subit pas la fiscalité des particuliers.
Détenir plusieurs sociétés sous une même structure
Le schéma : entrepreneur, puis holding, puis société A, société B et investissements. Une agence et un SaaS, un cabinet et une activité annexe. La holding centralise les fonctions support et finance les besoins d'une structure avec les excédents d'une autre.
Racheter une entreprise grâce à une holding
Une holding de reprise emprunte pour acquérir une cible, puis rembourse la dette avec les dividendes qui en remontent : c'est l'effet de levier du LBO. Bpifrance Création rappelle aussi le levier juridique : en détenant 51 % d'une holding qui détient 51 % de la cible, un repreneur la contrôle avec 26 % de son capital.
À partir de quand une holding devient-elle vraiment intéressante ?
Une holding mérite une étude lorsque l'entreprise génère durablement plus de trésorerie que le dirigeant n'en a besoin pour sa rémunération et son exploitation. Ce ne sont ni le chiffre d'affaires ni le résultat qui décident, mais le bénéfice disponible, la capacité à le laisser dans la sphère professionnelle et le projet de réinvestissement.
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Bénéfice disponible chaque année |
Holding à étudier ? |
Ce qui décide réellement |
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Moins de 10 000 € |
Rarement |
Les coûts fixes absorbent l'écart fiscal |
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20 000 à 30 000 € |
Selon le projet |
Sans réinvestissement identifié, non |
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50 000 à 100 000 € |
Souvent |
Capacité de réinvestissement significative |
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Plus de 100 000 € |
À simuler systématiquement |
Effet cumulatif sur 5 à 10 ans |
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Projet de rachat, quel que soit le montant |
Oui |
Le levier d'acquisition change l'équation |
Ordres de grandeur éditoriaux à simuler, pas des seuils fiscaux légaux.
Notre indicateur : la capacité de réinvestissement, et le point mort de sortie
Hypothèses : impôt sur les sociétés à 25 % dans la filiale, régime mère-fille dans la holding, prélèvement forfaitaire unique porté à 31,4 % au 1er janvier 2026 (12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, après relèvement de la CSG sur les revenus du capital par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026).
- Pour 100 € de dividende, la holding conserve 98,75 € réinvestissables contre 68,60 € en direct. Écart de capacité : 44 %.
- À 50 000 € remontés par an, cela fait environ 15 100 € de capacité d'investissement en plus dès la première année, pour environ 2 000 € de coûts.
Le contre-point est décisif, et la plupart des contenus commerciaux l'omettent : si vous finissez par tout sortir personnellement, la fiscalité différée redevient exigible. Voici à partir de quel bénéfice annuel remonté la holding reste gagnante après sortie totale des fonds, à rendement brut de 5 % et 2 000 € de coûts par an.
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Horizon avant sortie totale des fonds |
Bénéfice annuel à remonter pour que la holding reste gagnante |
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5 ans |
Environ 530 000 € |
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10 ans |
Environ 81 000 € |
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15 ans |
Environ 43 000 € |
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20 ans |
Environ 29 000 € |
Lecture : la holding n'est pas un outil de réduction d'impôt sur l'argent que vous allez consommer, c'est un levier sur l'argent que vous allez réinvestir. Simulation Plateya, hypothèses ci-dessus.
Pourquoi le régime mère-fille change autant la donne
Le régime mère-fille, codifié aux articles 145 et 216 du Code général des impôts, exonère la société mère sur les dividendes reçus de sa filiale, sous réserve de réintégrer une quote-part forfaitaire de frais et charges de 5 %. Trois conditions cumulatives : détenir au moins 5 % du capital de la filiale, s'engager à conserver les titres deux ans, et que les deux sociétés soient à l'impôt sur les sociétés. Cette quote-part de 5 % est irréductible, même si les frais réels de la holding sont inférieurs.
Exemple avec 100 000 € de bénéfices à réinvestir
- Sans holding : la société distribue 100 000 €, le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % s'applique, il reste 68 600 € à investir personnellement.
- Avec holding : elle encaisse 100 000 €, seuls 5 000 € entrent dans son résultat imposable, soit 1 250 € d'impôt sur les sociétés. Il reste 98 750 € à réinvestir.
L'écart de 30 150 € n'est pas un cadeau fiscal, c'est une avance qui n'a de valeur que si elle travaille dans un actif productif. Le jour où vous distribuez la trésorerie de la holding vers votre compte personnel, le prélèvement forfaitaire unique s'applique. La holding décale l'impôt du particulier, elle ne le supprime pas.
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Ce que la loi de finances 2026 change pour les holdings
Deux mesures de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 modifient l'analyse, et beaucoup de contenus en ligne décrivent encore le projet initial.
La taxe sur les holdings patrimoniales : 20 %, mais un champ très étroit
L'article 7 de la loi crée l'article 235 ter C du Code général des impôts. Le projet initial prévoyait 2 % sur la trésorerie et les actifs financiers des holdings, ce qui a nourri une inquiétude massive à l'automne 2025. Le texte voté est différent : taux de 20 %, mais assiette limitée aux biens somptuaires, à savoir œuvres d'art, bijoux, métaux précieux, voitures de collection, yachts et jets privés. La trésorerie, les actifs financiers et les titres de participation ont été expressément exclus. Trois critères cumulatifs : actifs d'au moins 5 millions d'euros en valeur vénale, revenus passifs supérieurs à 50 % des produits, détention à 50 % au moins par une personne physique ou son cercle familial. Premier exercice concerné : ceux clos à compter du 31 décembre 2026. Pour une holding d'entrepreneur qui détient sa société d'exploitation et de la trésorerie, l'impact est nul.
L'apport-cession nettement durci
L'article 11 de la loi durcit le report d'imposition de l'article 150-0 B ter, le montage utilisé avant une vente d'entreprise. Pour les cessions de titres apportés réalisées depuis le 21 février 2026, la holding doit réinvestir 70 % du produit de cession contre 60 % auparavant, dans un délai porté de deux à trois ans, avec conservation des biens de remploi pendant cinq ans et un périmètre d'activités éligibles qui exclut désormais l'immobilier et le financier. Le mécanisme reste ouvert, mais il exige d'anticiper bien avant la lettre d'intention et de savoir dans quoi vous réinvestirez.
Dans quels cas créer une holding n'est pas intéressant
- Votre société ne dégage pas encore de bénéfice disponible durable : les coûts et le formalisme absorbent l'avantage.
- Vous avez besoin de presque tout votre revenu pour vivre : l'argent doit arriver sur votre compte personnel, la holding ajoute une couche sans rien changer.
- Vous créez une holding uniquement pour payer moins d'impôts : sans substance économique, l'administration peut invoquer l'abus de droit.
- Vous n'avez aucun projet de réinvestissement : le report d'impôt ne produit rien s'il dort sur un compte courant.
- L'économie attendue est inférieure aux coûts de la structure : faites la soustraction avant de signer les statuts.
Combien coûte réellement une holding ?
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Poste |
Repère 2026 |
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Rédaction des statuts par un avocat ou un expert-comptable |
800 à 3 000 € HT |
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Commissaire aux apports, obligatoire si l'apport dépasse 30 000 € ou la moitié du capital |
800 à 2 500 € HT |
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Immatriculation au RCS et registre des bénéficiaires effectifs |
46,59 € et 20,34 € |
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Annonce légale |
150 à 250 € |
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Comptabilité annuelle d'une holding passive |
1 000 à 3 000 € HT par an |
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Comptabilité annuelle d'une holding animatrice |
3 600 à 7 200 € HT par an |
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Banque, dépôt des comptes, actes juridiques annuels |
300 à 900 € par an |
La formule : gain potentiel du montage, moins coûts supplémentaires, égale intérêt économique réel. Avec 2 000 € de coûts récurrents, il faut environ 6 600 € de bénéfice remonté par an pour couvrir la structure, et les montants du tableau précédent pour être gagnant après sortie des fonds.
Trois cas chiffrés de création de holding
Cas reconstitués à des fins pédagogiques.
Cas 1 : Sophie M., consultante en organisation à Nantes, 30 000 € disponibles
SASU créée en 2022, 30 000 € de bénéfice après rémunération, dont elle prélève l'essentiel pour un achat immobilier personnel. Verdict : holding prématurée, sur cinq ans avec sortie des fonds elle coûte plus qu'elle ne rapporte. Sa vraie question reste l'arbitrage salaire et dividendes.
Cas 2 : Karim D., agence de conseil à Lyon, 62 000 € disponibles chaque année
Société créée en 2019, résultat stable, aucune envie de sortir cet argent. Il veut acheter les murs de son agence et prendre une participation dans une société de développement. Sur cinq ans, la holding lui laisse environ 322 000 € de capacité d'investissement contre 228 000 € en direct, soit 94 000 € de plus, coûts déduits.
Cas 3 : reprise d'une seconde entreprise
Ici la holding devient pertinente bien plus tôt, indépendamment du bénéfice disponible. Notre calcul : pour rembourser 1 € de dette d'acquisition avec les dividendes de la cible, il faut environ 1,35 € de résultat avant impôt via une holding au régime mère-fille, contre environ 1,94 € avec un emprunt personnel remboursé après prélèvement forfaitaire unique. Le même écart de 44 %, mais appliqué à une dette bancaire, ce qui change le montant que la banque acceptera de financer.
Holding passive ou animatrice, et quelle forme juridique ?
La holding passive se limite à détenir des participations. La holding animatrice participe à la politique du groupe et rend des services à ses filiales, ce qui suppose de vraies conventions, une facturation réelle et des moyens. La distinction conditionne l'accès à certains régimes de faveur en transmission, et l'administration la contrôle sur des faits, pas sur une clause de statuts. Sur la forme, la SAS domine pour sa souplesse, notamment en LBO ; la SARL ou l'EURL s'utilise pour un cadre plus rigide et un dirigeant travailleur non salarié.
Le test en 7 questions
Répondez par oui ou par non.
- Votre société génère-t-elle régulièrement des bénéfices après votre rémunération ?
- Pouvez-vous laisser une part significative de cet argent dans la sphère professionnelle ?
- Souhaitez-vous réinvestir ces bénéfices dans un actif identifié ?
- Envisagez-vous de créer ou de racheter une autre société ?
- Possédez-vous déjà plusieurs sociétés ?
- Envisagez-vous une cession ou une transmission à moyen terme ?
- L'économie attendue dépasse-t-elle clairement les coûts de la structure ?
Moins de trois oui : la holding n'est probablement pas votre priorité. Trois à cinq oui : une simulation chiffrée sur cinq ans se justifie. Six ou sept oui : faites-la avant toute opération. Un nombre élevé de oui indique qu'une simulation est pertinente, pas que la holding est la bonne solution.
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FAQ : les questions les plus posées sur l'intérêt d'une holding
Quel chiffre d'affaires faut-il pour créer une holding ?
Aucun seuil de chiffre d'affaires n'existe en droit. Le bon indicateur est le bénéfice disponible après votre rémunération et votre projet de réinvestissement.
À partir de quel bénéfice une holding devient-elle rentable ?
Avec 2 000 € de coûts annuels, l'écart de capacité couvre la structure dès environ 6 600 € de bénéfice remonté. Mais si vous prévoyez de tout sortir personnellement, il faut environ 81 000 € par an sur dix ans pour rester gagnant.
Est-ce intéressant de créer une holding avec 50 000 € de bénéfices ?
Oui si ces 50 000 € restent investis, non s'ils financent votre train de vie. Dans le premier cas, la holding libère environ 15 100 € de capacité d'investissement en plus dès la première année.
Une holding permet-elle de payer moins d'impôts ?
Elle décale l'imposition personnelle sur les bénéfices que vous ne consommez pas. Créer une holding sans autre motivation que fiscale expose au risque d'abus de droit.
Faut-il créer la holding avant ou après la société d'exploitation ?
Créer directement la holding évite un apport de titres ultérieur, avec son commissaire aux apports et sa valorisation. L'ajouter plus tard reste possible par apport ou cession de titres, mais le coût augmente, et un projet de vente impose d'anticiper très en amont.
Le vrai seuil n'est pas votre chiffre d'affaires
Le bon moment pour créer une holding n'est pas celui où votre entreprise franchit un chiffre d'affaires précis. C'est celui où vous générez durablement plus d'argent dans votre société que vous n'avez besoin d'en sortir, et où vous savez quoi faire de ce surplus. Avant de créer une structure supplémentaire, faites comparer sur trois à cinq ans le scénario sans holding et le scénario avec holding, en intégrant l'hypothèse où vous récupérez les fonds personnellement.
Article informatif, qui ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé. Un montage en holding se valide avec un expert-comptable ou un avocat fiscaliste.