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Assumer sa posture de CEO de startup : cas de coaching

02 Mar 2026 à 09:24

Cas pratique : un fondateur de startup à 3,5M€ de levée ne se sent pas CEO. Le coaching révèle ce qui sépare le titre sur le papier de la posture réelle.



Assumer sa posture de CEO quand on n'a jamais appris à diriger : le coaching du fondateur qui doute de sa légitimité

(Cas de coaching tiré d'un cas réel - Cabinet Excellence coaching de dirigeants à Paris - Damien GRANGIENS, coach professionnel certifié à Paris



Le contexte : Romain, CEO par accident, patron de start-up malgré lui. 


 

 

 

Romain, 33 ans, a cofondé une startup SaaS B2B il y a quatre ans avec deux associés techniques. Le produit, c'est eux. La vision marché, la levée de fonds, les premiers clients, le recrutement — c'est Romain. Par élimination plus que par vocation, il est devenu CEO.

Sur le papier, tout accélère. Série A bouclée à 3,5M€. Vingt-huit salariés. Un board avec deux investisseurs expérimentés. Une croissance de 120% sur l'année. Des recrutements seniors en cours — un VP Sales, une DRH, un CFO.

Dans la réalité, Romain est en train de se noyer.

Il passe ses journées en réunion sans savoir s'il décide ou s'il consulte. Il reçoit des questions de ses managers auxquelles il n'a pas de réponse et improvise avec un aplomb qu'il ne ressent pas. Il anime des boards trimestriels en ayant l'impression de jouer un rôle dans un film dont il n'a pas lu le scénario. Ses investisseurs utilisent des termes qu'il ne maîtrise pas toujours — unit economics, churn cohort analysis, net dollar retention — et il acquiesce en priant pour qu'on ne lui demande pas de détailler.

Le soir, il regarde des interviews de fondateurs sur YouTube. Ils semblent tous savoir exactement ce qu'ils font. Romain, lui, a le sentiment de piloter un avion dont la taille double tous les six mois — et personne ne lui a donné le brevet.


C'est un de ses investisseurs, lors d'un déjeuner informel, qui pose le doigt sur la plaie avec une brutalité bienveillante :

« Romain, tu as levé 3,5 millions. Tu as 28 personnes qui dépendent de toi. Et tu continues à te comporter comme un chef de projet qui a peur de déranger. Il faut que tu deviennes le CEO. Pas le titre. La posture. »


Romain arrive en coaching avec une demande qui sonne comme un aveu :


« Tout le monde pense que je suis le CEO. Moi, je ne sais toujours pas ce que ça veut dire. »

 



Séance 1 — Le syndrome du fondateur accidentel : quand le titre précède l'identité


Le coach ne commence pas par demander à Romain ce qu'il fait. Il lui demande quelque chose de plus déstabilisant :


— « Romain, quand quelqu'un vous demande ce que vous faites dans la vie, que répondez-vous ? »

— « Je dis que je suis cofondateur d'une startup en SaaS. »

— « Cofondateur. Pas CEO. »

— « … Non. Pas CEO. »

— « Pourquoi ? »

— « Parce que "CEO" ça sonne comme quelqu'un qui sait ce qu'il fait. Et je ne suis pas sûr de savoir. »


Concept clé : le décalage titre-identité (title-identity gap).


Dans l'entrepreneuriat, le titre arrive souvent avant la compétence et l'identité qui l'accompagnent. Un salarié promu directeur a généralement gravi des échelons qui l'ont préparé progressivement au rôle. Un fondateur de startup devient CEO le jour où il immatricule sa société — sans formation, sans modèle, sans transition. Le résultat est un décalage entre le titre porté (CEO) et l'identité ressentie (« je suis un mec qui a eu une bonne idée et qui fait de son mieux »). Ce décalage produit une dissonance permanente que le fondateur compense par le surcontrôle, le surmenage, ou la simulation.


Le coach explore la simulation :


— « Romain, combien de fois par semaine avez-vous l'impression de jouer un rôle ? »

— « Tous les jours. En board, avec les investisseurs, en entretien de recrutement, en all-hands. Je dis des choses qui sonnent bien. Mais dedans, je me demande si quelqu'un va finir par voir que je ne sais pas ce que je fais. »



Concept clé : le syndrome de l'imposteur entrepreneurial.


Le syndrome de l'imposteur — la conviction d'être un fraudeur qui sera un jour « démasqué » — prend une dimension particulière chez le fondateur CEO. Car contrairement au salarié imposteur, qui peut se cacher dans la structure, le CEO est exposé en permanence. Chaque décision, chaque prise de parole, chaque interaction est un test public. Et l'écosystème startup amplifie le problème : les médias, les conférences, les podcasts mettent en avant des fondateurs qui semblent omniscients, omnicompétents, et inébranlables. Le fondateur qui doute se compare à cette fiction — et en sort invariablement écrasé.


Le coach normalise avec une précision chirurgicale :


— « Romain, je vais vous dire quelque chose qui va peut-être vous surprendre. Chaque CEO que j'ai accompagné — chacun sans exception — m'a dit une version de ce que vous venez de me dire. Les plus convaincants en public sont parfois les plus terrifiés en privé. Vous n'êtes pas un imposteur. Vous êtes un fondateur qui apprend un métier que personne ne lui a enseigné. Ce n'est pas la même chose. »



Séance 2 — Cartographier l'imposture : qu'est-ce qu'un CEO est censé être ?


Le coach propose un exercice de déconstruction du modèle mental. Il donne une feuille blanche à Romain.

— « Dessinez-moi le CEO idéal. Pas un vrai CEO. Celui qui vit dans votre tête. Celui auquel vous vous comparez. »

Romain écrit sans hésiter :

Visionnaire. Charismatique. Décisif. Calme sous pression. Expert en finance, en vente, en produit, en management. Capable de parler à un développeur et à un fonds d'investissement dans la même heure. N'a jamais l'air perdu. Inspire confiance naturellement. Ne doute pas.


Le coach relit à voix haute. Puis :

— « Ce personnage que vous décrivez — vous le connaissez en vrai ? »

— « Non. C'est un composite. Un peu de Steve Jobs, un peu de fondateurs que je suis sur Twitter, un peu de ce que mes investisseurs semblent attendre. »

— « Donc vous vous comparez à une fiction. Et vous vous jugez insuffisant parce que vous ne correspondez pas à un personnage qui n'existe pas. »



Concept clé : l'idéal du moi entrepreneurial — un standard impossible intériorisé.



En psychanalyse, l'idéal du moi est une instance psychique qui contient l'image de ce que nous devrions être. Quand cet idéal est réaliste, il tire vers le haut. Quand il est fantasmé — composé de fragments de mythes médiatiques et d'attentes projetées — il écrase. L'idéal du moi entrepreneurial de Romain est une chimère : un assemblage de qualités contradictoires qu'aucun être humain ne possède simultanément. Tant que ce modèle reste le référentiel, Romain sera toujours insuffisant. Le coaching doit l'aider à remplacer le CEO fantasmé par un CEO possible — le sien.

Le coach propose un contre-exercice :


— « Maintenant, sur une autre feuille, décrivez le CEO que vous êtes réellement. Pas celui que vous aimeriez être. Celui que vous êtes. Avec vos forces et vos manques. Sans filtre. »

Romain écrit plus lentement :

Bonne vision marché. Capable de convaincre des clients. Honnête avec les équipes. Travailleur acharné. Mauvais en finance. Mal à l'aise en board. Difficulté à trancher quand les avis divergent. Tendance à dire oui à tout pour éviter le conflit. N'aime pas virer les gens. Se sent illégitime face aux profils seniors.

Le coach pose les deux feuilles côte à côte :

— « La feuille de gauche est un fantasme. La feuille de droite est un point de départ. On ne construit pas un leadership sur un fantasme. On le construit sur la vérité. »


Concept clé : le leadership authentique commence par l'inventaire lucide de soi.


Bill George (Harvard Business School) a montré dans ses recherches sur le Authentic Leadership que les leaders les plus efficaces ne sont pas ceux qui correspondent à un archétype — ce sont ceux qui connaissent avec précision leurs forces, leurs limites, et leurs valeurs, et qui dirigent depuis cette vérité. L'authenticité n'est pas une faiblesse. C'est une stratégie. Un CEO qui connaît ses angles morts peut les compenser. Un CEO qui les nie finit par être trahi par eux.

 

 

 

Séance 3 — Le corps du CEO : quand la posture physique trahit la posture intérieure


Le coach change de registre. Il demande à Romain de se lever.

— « Romain, montrez-moi comment vous entrez dans une salle de board. »

Romain se lève, marche vers une chaise imaginaire. Le coach observe : épaules légèrement rentrées, regard qui balaye la pièce trop vite, mains qui cherchent un stylo, assise sur le bord de la chaise, légèrement en avant. La posture d'un élève qui attend d'être interrogé. Pas celle d'un dirigeant qui convoque.

— « Maintenant, montrez-moi comment votre investisseur principal entre dans la même salle. »

Romain mime : démarche lente, regard posé, poignée de main ferme, assise complète dans le fauteuil, dos calé, mains posées à plat sur la table. Silence avant de parler.


— « Vous voyez la différence ? »

— « Oui. Lui prend l'espace. Moi je le demande. »

 

Concept clé : la proxémie du pouvoir — le corps comme langage de légitimité.



Edward T. Hall a montré que la manière dont un individu occupe l'espace physique communique son statut social avant même qu'il ouvre la bouche. Dans une salle de réunion, le CEO qui s'assoit au bord de sa chaise, parle vite, et cherche l'approbation du regard envoie un méta-message : « je ne suis pas sûr d'être à ma place ». Ce méta-message est capté inconsciemment par les investisseurs, les managers, et les collaborateurs. Et il contamine la perception de compétence, indépendamment de la qualité réelle des décisions prises.


Le coach ne propose pas à Romain de « jouer un rôle ». Il propose un travail de congruence corporelle :

— « Je ne vais pas vous demander d'imiter quelqu'un. Je vais vous demander de trouver ce que votre corps fait naturellement quand vous êtes en confiance. Pensez à un moment de votre vie où vous vous êtes senti pleinement légitime. N'importe lequel. »


Romain réfléchit : « Quand je fais une démo produit devant un client. Là, je sais exactement ce que je fais. Je suis à l'aise. »

— « Levez-vous et mettez-vous en position de démo. »

Romain se lève. Transformation immédiate. Épaules ouvertes, regard direct, voix posée, mains qui illustrent le propos. Le même homme, physiquement méconnaissable.

— « Voilà votre posture CEO, Romain. Vous l'avez déjà. Elle est juste assignée au mauvais contexte. Notre travail, c'est de l'étendre. »


Concept clé : le transfert de compétence contextuel.


Romain n'a pas un problème de posture. Il a un problème de contexte. En démo client, il est dans sa zone de compétence consciente — il sait qu'il sait, et son corps le reflète. En board, il est dans sa zone d'incompétence ressentie — il doute, et son corps le trahit. Le coaching identifie les contextes de compétence existants et travaille à étendre la posture physique et psychologique de ces contextes vers les situations perçues comme menaçantes. On ne construit pas une nouvelle posture — on déploie celle qui existe déjà.


Séance 4 — Décider sans tout savoir : l'épreuve de l'incertitude radicale


Romain apporte en séance un dilemme concret :


« Mon VP Sales veut qu'on attaque le marché allemand. Mon CTO dit qu'on n'est pas prêt techniquement. Mon board pousse pour la croissance. Moi, je ne sais pas. Et tout le monde attend ma décision. »


— « Qu'est-ce qui vous empêche de décider ? »

— « Je n'ai pas assez d'informations. Le marché allemand est complexe. Il faudrait une étude approfondie. Il faudrait tester… »


Le coach l'interrompt doucement :

— « Romain, si vous aviez toutes les informations possibles, absolument toutes — est-ce que vous seriez capable de décider ? »

— « Oui. Évidemment. »

— « Alors ce n'est pas un problème d'information. C'est un problème de tolérance à l'incertitude. Parce que dans la réalité, vous n'aurez jamais toutes les informations. Jamais. Et un CEO, c'est quelqu'un qui décide avec 60% des données. Pas 95%. »



Concept clé : le seuil de décision — le ratio information/action du dirigeant.


Jeff Bezos a formalisé ce principe en parlant de 70% rule : la plupart des décisions devraient être prises avec 70% de l'information souhaitée. Attendre 90% signifie décider trop lentement. Le fondateur technique ou analytique — comme Romain — a tendance à repousser la décision jusqu'à ce que l'incertitude atteigne un niveau qui lui semble confortable. Mais ce niveau n'existe pas dans l'entrepreneuriat. La compétence de CEO n'est pas de savoir ce qui va se passer. C'est de savoir agir dans un monde où personne ne sait ce qui va se passer.

Le coach propose un exercice de décision chronométrée :

— « Romain, vous avez cinq minutes pour prendre la décision Allemagne. Pas cinq jours. Cinq minutes. Avec ce que vous savez maintenant. Allez. »


Romain proteste : « C'est arbitraire. »

— « Absolument. Mais c'est révélateur. Parce que je suis presque certain que vous connaissez déjà votre réponse. Vous la connaissez depuis que votre VP Sales a posé la question. Vous repoussez la décision non pas parce que vous n'avez pas assez d'information, mais parce que vous avez peur de la mauvaise réponse. »


Silence. Puis Romain dit : « On y va. Mais sur un périmètre test. Trois clients pilotes. Six mois. Si les metrics ne sont pas au rendez-vous, on coupe. »

— « Combien de temps pour arriver à cette décision ? »

— « Trente secondes. »

— « Et ça fait combien de temps que vous y pensez ? »

— « Trois semaines. »


Concept clé : la procrastination décisionnelle déguisée en prudence.


Il y a une différence fondamentale entre l'analyse nécessaire et la procrastination qui se déguise en rigueur. Le CEO qui demande « encore une étude » quand l'information essentielle est déjà disponible ne fait pas preuve de sagesse — il fait preuve d'évitement. Le coaching aide le fondateur à distinguer les moments où il a genuinement besoin de plus d'information de ceux où il a besoin de plus de courage.



Séance 5 — Apprendre à dire non : le piège du CEO qui veut plaire


Le coach a observé un pattern depuis le début du coaching : Romain dit oui à tout. Oui au VP Sales qui veut l'Allemagne. Oui au CTO qui veut réécrire l'architecture. Oui au DRH qui veut un nouveau process de performance review. Oui aux investisseurs qui veulent un dashboard plus granulaire. Oui au stagiaire qui veut un feedback sur son mémoire.

— « Romain, combien de fois avez-vous dit non la semaine dernière ? »

— « À une sollicitation professionnelle ? Aucune. »

— « Pourquoi ? »

— « Parce que chaque demande est légitime. Et parce que je ne veux pas passer pour quelqu'un qui ne s'investit pas. »

— « Qui passerait pour quelqu'un qui ne s'investit pas en disant non à un stagiaire ? »

— « Dit comme ça, c'est absurde. Mais dans le moment, chaque non me coûte. »


Concept clé : le people-pleasing du fondateur — le besoin d'approbation comme faille de leadership.


Le fondateur people-pleaser ne dit pas oui par faiblesse. Il dit oui parce que son sentiment de légitimité dépend du regard des autres. Chaque « oui » achète de l'approbation. Chaque « non » risque le rejet. Ce mécanisme, fréquent chez les fondateurs qui n'ont pas encore intériorisé leur légitimité de CEO, produit un résultat paradoxal : à force de dire oui à tout, le CEO ne priorise rien. Et un CEO qui ne priorise pas ne dirige pas — il subit.

Le coach propose un outil concret : le filtre de pertinence CEO.

— « Romain, avant de dire oui à quoi que ce soit, vous allez poser une seule question : "Est-ce que cette demande a besoin de MOI, le CEO, ou est-ce qu'elle peut être traitée par quelqu'un d'autre ?" »

— « Mais si je dis non, les gens vont penser que je ne suis pas accessible. »

— « Accessible et disponible sont deux choses différentes. Un CEO accessible, c'est quelqu'un qu'on peut approcher. Un CEO disponible pour tout, c'est un CEO qui n'a pas de stratégie. Lequel voulez-vous être ? »



Concept clé : la distinction entre accessibilité et disponibilité — le paradoxe du CEO de startup.


La culture startup valorise la flat hierarchy, la porte ouverte, le CEO « comme tout le monde ». C'est une force dans les premiers stades. C'est un piège au-delà de vingt personnes. Le CEO qui reste disponible pour chaque question opérationnelle crée deux problèmes simultanés : il ne fait pas son travail de CEO (stratégie, vision, allocation de ressources), et il empêche ses managers de faire le leur (décider, assumer, grandir). Dire non n'est pas un acte d'arrogance. C'est un acte de leadership.


Le coach travaille ensuite sur la dimension verbale du non :

— « Romain, je vais vous donner trois formulations de "non" qui ne sont pas des "non". Elles sont des "pas moi" ou des "pas maintenant". Pratiquez-les cette semaine. »

— « Ce sujet est important. La bonne personne pour y répondre est [nom du manager]. Je te mets en contact. »

— « C'est une bonne question. On l'adresse au prochain CODIR. Tu la prépares ? »

— « Je n'ai pas la bande passante cette semaine. On en reparle lundi. Si c'est urgent avant, vois avec [nom]. »

— « Aucune de ces phrases ne dit "je m'en fiche". Chacune dit : "j'ai confiance en l'équipe et je protège mon temps pour ce qui a le plus d'impact". »


Concept clé : le non structurant — dire non comme acte de construction organisationnelle.



Chaque non du CEO est un oui implicite à quelqu'un d'autre. « Ce n'est pas pour moi » signifie « c'est pour toi ». Le non du CEO crée de l'espace pour que les managers décident, prennent des risques, et grandissent. Un CEO qui dit oui à tout étouffe son organisation. Un CEO qui dit non avec discernement l'oxygène.



Séance 6 — Le board : de l'examen de passage au conseil de guerre



Romain aborde enfin le sujet qui le hante le plus :

« Les boards. À chaque fois, j'ai l'impression de passer un oral. Mes investisseurs posent des questions, je réponds, et j'attends le verdict. Je déteste ça. »

— « Décrivez-moi votre dernier board. Minute par minute. »


Romain décrit : il arrive avec un deck de 45 slides. Il présente pendant une heure. Les investisseurs posent des questions. Il répond. Parfois il ne sait pas. Il improvise. Le board se termine. Il sort en sueur. Il passe les 48 heures suivantes à ruminer ce qu'il aurait dû dire.


Le coach identifie le problème structurel :

— « Romain, vous avez décrit un oral d'examen. Un étudiant présente, un jury évalue. C'est exactement la dynamique que vous installez. Et tant que vous serez dans cette dynamique, vous ne vous sentirez jamais légitime. Parce qu'un étudiant n'est pas légitime — il est évalué. »

— « Mais c'est leur argent. Ils ont le droit de demander des comptes. »

— « Absolument. Mais demander des comptes et évaluer un élève, ce n'est pas la même chose. Un board efficace n'est pas un jury. C'est un conseil de guerre. Le CEO arrive avec la carte du terrain, les menaces identifiées, les décisions à prendre, et les points sur lesquels il a besoin de l'intelligence collective du board. Il ne présente pas. Il pilote. »



Concept clé : la posture du CEO en board — de l'étudiant au commandant.


La manière dont un CEO se positionne en board détermine la dynamique de la séance entière. S'il arrive en position basse (« voici ce qu'on a fait, dites-moi si c'est bien »), il invite le jugement. S'il arrive en position haute (« voici la situation, voici ma lecture, voici ce que je propose, voici ce dont j'ai besoin de vous »), il invite la collaboration. La différence n'est pas dans les slides. Elle est dans la posture psychologique. Et cette posture se travaille.


Le coach propose un recadrage radical de la structure du board :

— « Votre prochain board, je veux que vous le prépariez différemment. Pas 45 slides de reporting. Dix slides maximum. Trois blocs : voici où nous en sommes (faits, pas justifications), voici les deux ou trois décisions stratégiques sur la table, et voici précisément ce que j'attends de vous aujourd'hui. »

— « Et s'ils posent des questions auxquelles je n'ai pas la réponse ? »

— « Vous dites : "Je n'ai pas cette donnée. Je vous la fais parvenir sous 48 heures." »

— « Je peux faire ça ? »

— « Vous êtes le CEO. Bien sûr que vous pouvez faire ça. Un CEO qui dit "je ne sais pas mais je vais trouver" est infiniment plus crédible qu'un CEO qui improvise une réponse fausse que tout le monde détecte. »


Concept clé : la puissance du « je ne sais pas » assumé.


Patrick Lencioni a montré que la vulnérabilité du leader — sa capacité à dire « je ne sais pas », « je me suis trompé », « j'ai besoin d'aide » — est le fondement de la confiance dans une équipe. Paradoxalement, le CEO qui admet ses limites inspire plus de confiance que celui qui simule l'omniscience. Parce que tout le monde sait que personne ne sait tout. Et le leader qui fait semblant insulte l'intelligence de son audience.



Séance 7 — Manager des gens plus seniors que soi : l'épreuve de la légitimité inversée



Le recrutement du VP Sales est finalisé. Aurélie, 45 ans, ex-directrice commerciale d'un scale-up à 50M€ de CA. Douze ans d'expérience de plus que Romain. Un réseau deux fois plus large. Une assurance naturelle qui remplit la pièce.

Romain est ravi de l'embauche. Et terrifié.

« Elle est exceptionnelle. Et chaque fois qu'elle est dans la même pièce que moi, j'ai l'impression d'être un gamin. »


Concept clé : le syndrome du jeune CEO face aux profils seniors (reverse seniority complex).


C'est un des défis les plus spécifiques du CEO de startup en scale-up : recruter et manager des profils qui ont plus d'expérience, plus de bagage, et souvent plus de crédibilité sectorielle que le fondateur. Ce défi est exacerbé par l'âge — un CEO de 33 ans qui manage une VP de 45 ans doit affronter un script social profondément ancré : les aînés savent mieux. Ce script n'est pas rationnel — mais il est puissant.

Le coach déconstruit :

— « Romain, Aurélie a plus d'expérience commerciale que vous. C'est exactement pour ça que vous l'avez recrutée. Mais est-ce qu'elle a votre connaissance du produit ? »

— « Non. »

— « Votre vision du marché ? »

— « Non. »

— « Votre compréhension de la culture de cette entreprise, de son ADN, de ses clients fondateurs ? »

— « Non. »

— « Alors vous avez des compétences complémentaires. Pas une hiérarchie de compétences. Elle sait vendre à grande échelle. Vous savez pourquoi ce produit existe et où il va. Son expertise sans votre vision est aveugle. Votre vision sans son expertise est impuissante. Vous avez besoin l'un de l'autre. C'est ça, le leadership. »


Concept clé : le leadership comme orchestration de compétences supérieures.


Le CEO n'est pas censé être le meilleur dans chaque domaine. Il est censé être le meilleur pour assembler les meilleures personnes et les faire travailler dans la même direction. Le jour où Romain comprend que son rôle n'est pas de surpasser Aurélie en vente mais de donner à Aurélie les conditions pour exceller, il cesse de se sentir menacé par sa compétence. Il s'appuie dessus.


Le coach propose un exercice de clarification du contrat relationnel :


— « Avant votre prochaine interaction significative avec Aurélie, je voudrais que vous lui disiez trois choses. Premièrement : ce que vous attendez d'elle concrètement sur les six premiers mois. Deuxièmement : ce qu'elle peut attendre de vous — et ce qu'elle ne doit pas attendre. Troisièmement : comment vous voulez que les désaccords soient gérés entre vous. »

— « C'est direct. »

— « C'est CEO. Les profils seniors ne respectent pas le flou. Ils respectent la clarté. »



Concept clé : le contrat relationnel explicite comme fondement du management de seniors.


Les profils juniors tolèrent l'ambiguïté du management parce qu'ils n'ont pas de point de comparaison. Les profils seniors, eux, ont connu des dizaines de managers. Ils détectent instantanément le CEO qui ne sait pas ce qu'il veut. La clarté du mandat, des attentes, et des règles d'engagement n'est pas de la rigidité — c'est du respect professionnel. Et c'est le fondement d'une relation de confiance entre un CEO jeune et un lieutenant expérimenté.



Séance 8 — La solitude du CEO de startup : personne à qui parler vraiment


Romain aborde un sujet qu'il n'a jamais verbalisé :

« Je n'ai personne à qui parler. Mes associés sont techniques, on ne parle pas le même langage sur la stratégie. Mon board attend de moi que j'aie les réponses. Ma compagne ne comprend pas ce monde. Mes amis d'avant ne sont plus dans la même réalité. Je suis seul. Complètement. »



Concept clé : la solitude structurelle du CEO de startup — plus profonde que celle du dirigeant classique.


Si la solitude est une caractéristique inhérente à toute fonction de direction, elle prend une forme exacerbée chez le CEO de startup. Le dirigeant de grande entreprise dispose d'un COMEX, d'un DRH, d'un secrétariat général — des interlocuteurs structurels. Le CEO de startup n'a souvent rien. Son équipe est trop petite pour avoir des pairs. Son board est un organe de gouvernance, pas un espace de vulnérabilité. Ses cofondateurs sont dans le produit, pas dans la stratégie. Il porte le poids cognitif et émotionnel de l'entreprise entière sur deux épaules sans filet.


Le coach ne minimise pas :

— « Cette solitude est réelle. Et elle n'est pas un signe de faiblesse. Elle est un effet mécanique de votre rôle. Mais elle est aussi dangereuse. Un CEO isolé prend de mauvaises décisions parce qu'il n'a pas de miroir. Il s'épuise parce qu'il n'a pas de soupape. Il perd le recul parce qu'il n'a pas de contre-pouvoir bienveillant. »


Le coach aide Romain à construire ce qu'il appelle un écosystème de soutien du CEO — non pas un organigramme, mais une cartographie relationnelle intentionnelle :

— Le miroir : un pair CEO, idéalement dans un autre secteur, avec qui échanger en toute confidentialité. Pas un mentor qui sait mieux. Un égal qui comprend.
— L'ancrage : quelqu'un en dehors de l'écosystème startup — un ami ancien, un membre de la famille — qui rappelle au CEO qu'il existe en dehors de son rôle.
— Le défi : un professionnel (coach, advisor) dont le rôle est de poser les questions que personne d'autre ne pose.
— L'espace : un moment physique régulier — marche, sport, silence — qui n'est pas productif et où le cerveau peut décanter.

— « Romain, vous ne pouvez pas tout porter seul. Non pas parce que vous n'êtes pas assez fort. Mais parce que l'architecture du rôle n'est pas faite pour un individu isolé. Le CEO qui se construit un écosystème de soutien n'est pas faible — il est stratégique. »



Séance 9 — Incarner la vision : quand le CEO devient le message


Le coach aborde une dimension que Romain n'a jamais considérée comme faisant partie de son rôle :

— « Romain, si j'interrogeais vos 28 salariés individuellement et que je leur demandais "où va cette entreprise dans trois ans", combien me donneraient la même réponse ? »

— « Honnêtement ? Peut-être cinq. »

— « Et combien connaissent votre vision personnelle — pas le pitch investisseur, la vraie vision, celle qui vous fait vous lever le matin ? »

— « Aucun. »

— « Pourquoi ? »

— « Parce que je ne l'ai jamais formulée clairement. Et parce que j'ai peur que si je la formule, on me dise qu'elle est naïve. »


Concept clé : la vision non communiquée — le péché originel du CEO introverti.


Une vision qui n'existe que dans la tête du CEO n'est pas une vision. C'est un secret. Et une organisation sans vision partagée est un groupe de personnes compétentes qui tirent dans des directions différentes. Le CEO de startup a souvent une vision intuitive puissante — c'est ce qui a créé l'entreprise. Mais il confond avoir une vision et communiquer une vision. La première est un acte individuel. La seconde est un acte de leadership. Et c'est la seconde qui crée l'alignement.

Le coach propose un exercice de formulation de vision en langage humain :

— « Romain, oubliez le pitch deck. Oubliez les investisseurs. Si vous deviez expliquer à votre nièce de quinze ans pourquoi cette entreprise existe et où elle va, que diriez-vous ? »


Romain hésite. Puis, libéré du format corporate :

« Les entreprises aujourd'hui noient leurs équipes sous des outils qui ne se parlent pas. Elles perdent un temps fou à chercher de l'information qui devrait être évidente. On construit un truc qui rend le travail fluide. Qui fait que les gens arrêtent de se battre avec leurs outils et recommencent à se concentrer sur ce qu'ils savent faire. Dans trois ans, je veux qu'on soit la raison pour laquelle des milliers de personnes rentrent chez elles une heure plus tôt. »

Le coach laisse le silence. Puis :


— « Dites ça à vos 28 salariés lundi matin. Exactement comme ça. Pas en slide. En les regardant dans les yeux. »

— « C'est pas trop simple ? »

— « C'est limpide. Et la limpidité, à l'échelle d'une organisation, est l'arme la plus puissante qu'un CEO possède. »



Concept clé : la vision n'a pas besoin d'être sophistiquée — elle a besoin d'être ressentie.

 

Simon Sinek a popularisé le Start With Why. Mais le piège est de transformer le « pourquoi » en exercice intellectuel. La vision qui mobilise n'est pas celle qui impressionne le board — c'est celle qui fait que le développeur, la commerciale, et le stagiaire se réveillent le matin en sachant pourquoi leur travail compte. Le CEO qui dit « rentrer chez soi une heure plus tôt » parle au cœur, pas au cerveau. Et c'est le cœur qui crée l'engagement.



Séance 10 — Clôture : de l'imposteur au leader en construction


Six mois de coaching. Romain a restructuré ses boards. Recruté trois profils seniors qu'il manage avec clarté. Appris à dire non. Formulé et communiqué sa vision. Construit un écosystème de soutien. Et pris une décision qu'il pensait impossible : il a viré un collaborateur qui minait la culture d'équipe depuis un an.


Il arrive à la dernière séance avec un calme que le coach ne lui connaissait pas.

— « Romain, au début vous m'avez dit : "Tout le monde pense que je suis le CEO. Moi, je ne sais toujours pas ce que ça veut dire." Maintenant, qu'est-ce que ça veut dire ? »

Romain prend son temps :


« Ça veut dire prendre des décisions avec des informations incomplètes et assumer les conséquences. Ça veut dire recruter des gens meilleurs que soi et ne pas se sentir menacé. Ça veut dire dire non à vingt choses pour dire oui à la seule qui compte. Ça veut dire porter une vision assez clairement pour que d'autres la portent à votre place. Et ça veut dire accepter de ne pas tout savoir en ayant la confiance que vous allez apprendre assez vite. »


— « Et est-ce que vous êtes ce CEO-là ? »

— « Pas encore complètement. Mais je sais où je vais. Et je ne fais plus semblant. »


Concept clé : le leadership comme devenir, pas comme état.


Le piège du syndrome de l'imposteur est de croire qu'il existe un moment où l'on « arrive » — où le doute disparaît, où la compétence est totale, où la légitimité est acquise. Ce moment n'existe pas. Les meilleurs CEO ne sont pas ceux qui ont cessé de douter. Ce sont ceux qui ont appris à avancer avec le doute comme compagnon plutôt que comme maître. Le leadership n'est pas une destination. C'est une pratique quotidienne. Et Romain vient de commencer la sienne.



Ce que ce cas enseigne sur la posture CEO en startup


Ce parcours avec Romain met en lumière des réalités que l'écosystème startup glorifie sans les comprendre
.

Le titre de CEO ne fabrique pas un CEO.


On peut lever des millions, recruter des dizaines de personnes, et faire la couverture de Maddyness sans avoir jamais intériorisé ce que signifie diriger. Le titre est un fait administratif. La posture est un travail intérieur. Et ce travail, personne ne le fait à la place du fondateur.

Le syndrome de l'imposteur chez le CEO de startup est la norme, pas l'exception.


La quasi-totalité des fondateurs le vivent. La quasi-totalité le cachent. Et cet écart entre le vécu réel et l'image projetée crée un isolement toxique. Le coaching est souvent le premier espace où le CEO s'autorise à dire la vérité.



Le CEO n'a pas besoin de tout savoir. Il a besoin de savoir quoi décider, quoi déléguer, et quoi ignorer.


La compétence de CEO n'est pas l'omniscience. C'est le discernement. Savoir où mettre son attention, quand trancher, quand écouter, et quand laisser les autres décider est un art qui s'apprend — pas une qualité innée.

Les profils seniors ne menacent pas le CEO — ils le libèrent.


Le fondateur qui recrute meilleur que lui dans chaque fonction ne perd pas de pouvoir. Il gagne du temps, de l'impact, et de la crédibilité. Mais cette compréhension exige un ego suffisamment solide pour ne pas se sentir diminué par l'excellence d'autrui.


La posture CEO se construit dans le corps autant que dans la tête.


La manière d'entrer dans une pièce, de prendre la parole, de soutenir un silence, d'occuper l'espace n'est pas du théâtre. C'est le langage par lequel le leadership se transmet avant les mots. Un CEO qui pense comme un dirigeant mais se tient comme un stagiaire envoie un signal contradictoire que l'organisation capte immédiatement.

La solitude du CEO de startup est un risque opérationnel.


Ce n'est pas un sujet RH. C'est un sujet business. Un CEO isolé prend de moins bonnes décisions, s'épuise plus vite, et crée une dépendance organisationnelle dangereuse. Construire un écosystème de soutien n'est pas du développement personnel — c'est de la gouvernance.

Être CEO ne s'apprend pas dans un livre, un podcast, ou un thread Twitter.


Ça s'apprend en décidant quand on ne sait pas, en recrutant des gens qui vous impressionnent, en disant non quand tout en vous veut dire oui, et en se levant chaque matin avec un doute — et en avançant quand même. Le coaching ne fabrique pas des CEO. Il aide des fondateurs à découvrir qu'ils le sont déjà.

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Damien GRANGIENS - Fondateur de Plateya

Fondateur de Plateya : outil collaboratif augmenté pour les office managers freelance et assistantes digitales

Fondateur de Plateya, je travaille depuis 5 ans avec des office managers et assistants indépendants sur la transformation digitale et les nouvelles pratiques et techniques agiles exigées dans le développement de leur activité.

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